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Dim 23 Oct 17:41:28 CEST 2005


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«Aberrant collectivement»

 Voilà ce que l'on pouvait lire dans la libre ce vendredi à propos des
prépensions. A.H. 

VINCENT SLITS 

Mis en ligne le 20/10/2005 

 - - - - - - - - - - 

Pour Alain Jousten (ULg), le coût collectif du système de prépensions
est rarement mis en avant. On trompe dès lors le Belge sur la réalité
des enjeux. 

Alain Jousten, professeur à l'ULg notamment en « Analyse
macroéconomique de l'emploi », livre à « La Libre » ses réflexions. 

Dans l'esprit de la population belge, travailler jusqu'à 65 ans est
aujourd'hui devenu inacceptable. Comment en est-on arrivé là ? 

Lorsque l'on regarde la réaction des syndicats mais également des
enquêtes menées dans différents pays européens, on s'aperçoit
effectivement que les gens préfèrent en général quitter le marché du
travail avant l'âge normal de la retraite, à savoir 65 ans. Ce n'est pas
un phénomène typiquement belge. Les Belges considèrent cette
possibilité comme un droit acquis et veulent partir vers 57 ou 58 ans. On
explique mal aux gens qu'un retrait précoce des travailleurs du marché du
travail s'il peut être parfaitement rationnel sur le plan individuel
s'avère en bout de course aberrant sur le plan collectif car il est très
coûteux pour la société, c'est-à-dire pour l'Etat par le biais
notamment d'allocations payées par l'Onem. Une bonne partie de ce coût
est financée par l'Etat et donc par la collectivité et doit être payée
par ceux qui travaillent. Et lorsque l'on réduit de plus en plus le nombre
de travailleurs, la charge fiscale et parafiscale incombant aux différents
travailleurs augmente. 

Comment présenter le problème à nos concitoyens ? 

Il faudrait leur dire ceci : voulez-vous partir à 55 ans plutôt qu'à 59
ans ou à 65 ans si vous savez que cela implique une plus grande charge au
niveau des impôts et des cotisations sociales ? On met souvent en avant
les effets bénéfiques de cette politique de prépensions, mais pas son
coût collectif. On ne donne pas une image complète des enjeux à la
population. 

La valeur travail est-elle en perte de vitesse dans une société qui fait
la part belle aux loisirs ? 

C'est une question d'opportunité. Si vous demandez à un Américain de
prendre sa pension à 50 ans avec un revenu de remplacement relativement
généreux, il dira qu'il est prêt à le faire. On sait bien que les
Belges quittent très tôt le marché du travail, que les Européens
travaillent moins d'heures que les Américains. Partout, on valorise le
loisir. Mais les conditions institutionnelles sont telles qu'en Belgique
et dans certains autres pays européens, il est, sur le plan individuel,
beaucoup plus rationnel à un certain âge de se retirer du marché du
travail plutôt que de continuer à travailler. Tout simplement parce
qu'économiquement le travail ne paie pas et que l'on peut faire
pratiquement aussi bien en ne travaillant pas. qu'en travaillant. 

Le système de prépensions est-il irrationnel sur un plan économique ? 

Au départ, ce système était avant tout une mesure sociale destinée à
alléger le poids économique de la transition, notamment en termes de
structure industrielle. On a aussi justifié cette technique par la
volonté de réduire le chômage des jeunes. Cette idée est encore
utilisée aujourd'hui par les syndicats. C'est une logique qui
économiquement ne tient pas la route : les pays qui ont eu recours
massivement aux prépensions ne sont pas ceux qui ont le chômage des
jeunes les plus faibles. Les éléments empiriques montrent même
l'inverse. La réforme du système de prépensions est une nécessité :
avec les taux d'activités actuels parmi les plus de 50 ans, on aura
d'énormes problèmes à avoir encore une population active suffisamment
importante en termes de taille pour financer les transferts aux
pensionnés, aux prépensionnés et à l'ensemble des inactifs. Il ne faut
pas se limiter à une pure politique de limitation au niveau de la
prépension. Il faut aussi agir au niveau du système des pensions pour le
rendre plus intéressant en rendant l'accès à la pension moins attractif
à des âges plus faibles. L'idée de bonus et de malus de pension qui met
en place une structuration des revenus de pensions et de prépensions en
fonction de l'âge d'entrée dans le système me paraît une chose
importante pour redonner un incitant au travail. 

Les syndicats qui s'accrochent ce système de prépensions sont-ils myopes
? 

La stratégie des syndicats est-elle rationnelle à long terme ? De leur
point de vue, peut-être bien parce que tout dépend des intérêts qu'ils
représentent. Même si on sait qu'il convient collectivement d'augmenter
l'âge de la retraite, les syndicats poursuivent aujourd'hui une
stratégie de défense de leur clientèle. La vraie question est de savoir
quelle est la véritable clientèle des syndicats ? S'agit-il des
travailleurs ou plutôt des pensionnés, des prépensionnés ou d'autres
catégories d'inactifs ? Il y a différents intérêts marqués parmi les
affiliés des syndicats. Les travailleurs d'aujourd'hui devraient en
principe être favorables au rallongement de la vie active parce qu'il y a
moyen de structurer un tel rallongement de façon à ce qu'ils
bénéficient d'un niveau de bien-être supérieur au statu quo actuel,
très coûteux et financé par des impôts relativement importants. La
question est donc de savoir quelle partie de clientèle l'emporte. 

© La Libre Belgique 2005







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