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Mer 16 Nov 15:08:10 CET 2005


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Michael Moore - Roger And Me + The YesMen et la Guerilla de Communication

 Michael Moore : Roger And Me 

Précédé d'une introduction à la guerilla de communication, avec comme
exemple pratique les YESMEN et comme point de départ, la fabrication du
consentement. 

 La fabrication du consentement : Noam Chomsky 

Noam Chomsky soutient que la fonction des médias est la « fabrication du
consentement ». Cela signifie quoi ? 

De son point de vue, que les médias dominants, étant placés directement
sous la coupe du pouvoir, imposent une pensée favorable à l’idéologie
dominante. 

Pour preuve : Le parisien, en ces jours d'émeutes et de crise politique :
« 73% des Français favorables au couvre-feu - 83% pour l’apprentissage
à 14 ans - 86% scandalisés par les violences ou mécontents » - «
Massivement, les Français disent oui à la fermeté » 

Mais cela renvoie, plus structurellement, à la seconde forme
d’orthodoxie à l’œuvre dans les médias. 

Dès lors en effet que ceux-ci sont « managés » comme des entreprises,
les principes de rentabilité, d’efficacité, de lisibilité rapide
viennent renforcer et accélérer les effets des normes journalistiques de
vision et de construction du monde représenté. L’audimat est le symbole
même de ce renforcement, comme aussi le pouvoir grandissant de la
télévision et de l’information en continu, qui n’autorise guère le
travail de recoupement et d’investigation sérieuse. Un journalisme de
marché ne peut qu’être favorable à une pensée de marché. 

 Guerilla De Communication 

 Une finalité Politique 

Depuis quelques années des groupes d'activistes ont forgé l’expression
« guérilla de communication » pour désigner un certain nombre des
formes de praxis politique - des formes de praxis qui traversent les
vieilles frontières entre l’action politique et le monde de tous les
jours, entre la colère subjective et l’action politique rationnelle,
l’art et la politique, le désir et le travail, la théorie et la
pratique 

Ce qui les réunit est un style spécifique d’action politique qui se
nourrit d’un regard vigilant sur les paradoxes et absurdités du
pouvoir, en faisant de ceux-ci le point de départ des interventions
politiques par le biais du jeu avec les représentations et les
identités, avec la distanciation et la sur-identification. 

La guérilla de communication diffère des formes traditionnelles
d’action politique dans la mesure où elle permet d’exploiter de
manière consciente la densité de signification des images et des
narrations. 

elle poursuit une finalité politique. Elle tente de critiquer les règles
de la normalité en créant des irritations et des ambiguïtés, permettant
ainsi des nouveaux modes de lecture des images et des signes familiers. La
critique des structures naturalisées de pouvoir requière d’abord de
rendre ces structures visibles - et elles deviennent visibles là où le
fonctionnement en douceur des systèmes de signes et des mécanismes
d’interprétation commence à être coincé. 

 L'art comme désamorce 

Ceci est difficilement possible, cependant, dans le cadre de
l’affairement d’art : le cadre général d’interprétation de «
l’art » a l’effet d’une sorte de lubrifiant qui permet au
spectateur d’avaler facilement même la provocation la plus crue. La
diffamation radicale de la scène établie a, par exemple, depuis
longtemps été légitimée et dès lors désamorcée comme un mode
opératoire de l’avant-garde artistique. 

La campagne contre la ligne aérienne d’expulsions Lufthansa commence
avec une exposition de posters qui reprend la présentation que la ligne
aérienne fait d’elle-même en reliant celle-ci avec le thème des
expulsions. Cette exposition fait le tour à travers des institutions
d’art allemandes pendant qu’en même temps, l’entreprise attaquait
la version Internet des mêmes images avec des menaces légales furieuses.
Là aussi, le maniement de la frontière entre l’art et la politique est
sans préventions. Ce n’est pas tant la question de savoir auquel des
deux champs le projet devrait être attribué qui est intéressante, mais
plutôt la question : Cela marche-t-il ? Comment parvient-on à se jouer
d’une institution ou une personne en apparence surpuissante et à forcer
celles-ci, si possible, temporairement à prendre une position défensive ?


Mettre en désordre des images et des signes par la mobilisation des
techniques artistiques ne devient excitant que là où l’on laisse
derrière le cadre intégrant de l’art. 

N’est-il pas mieux de défigurer les signes plutôt que de les détruire
? demanda une fois Roland Barthes. La scène militante de gauche travaille
dur, elle aussi, au niveau des signes, leurs actions sont également
symboliques - mais il s’agit ici de la gestuelle d’une attaque
militante, de la destruction de signes : l’envoi de briques sur les
vitrines des banques, l’obligatoire salissement d’une filiale de
McDonald’s, la bataille avec des robocops. La signification de cette
praxis des signes avec sa mise en scène de la bataille, des révoltes,
des tumultes ne devrait pas être sous-estimée. Il n’est pas sans
raison que la révolte à Seattle fonctionne comme un signe qui de
manière simultanée symbolise et catalyse l’émergence d’un nouveau
mouvement global. 

La façon dont les médias ont traité cette révolte a catapulté aux
yeux du public l’image d’une résistance militante contre l’absence
abstraite d’alternatives à l’économie capitaliste. Cette image - une
machine de guerre opposée à la machine de guerre abstraite du capital
global - a eu un impact mobilisateur aigu. En même temps, pourtant, la
résistance militante est déjà intégrée dans la mythologie de la
démocratie parlementaire occidentale. Dans les médias bourgeois, ces
images se réduisent à une illustration des principes démocratiques de
base : les responsables des combats de rue sont une poignée de méchants
hooligans, qui instrumentalisent la manifestation pacifique et colorée
pour leurs propres fins. Le « Black Block » ne respecte pas les règles
basiques de la protestation non violente, la reconnaissance de la
propriété privée, les règles démocratiques du jeu, et doit donc être
remis à sa place à l’aide d’une présence policière massive. Cette
figure d’argumentation légitime non seulement la manifestation violente
du pouvoir d’Etat, mais également le droit des managers de la
globalisation à continuer à prendre leurs décisions à’huis clos. 

 Défiguration tactique des signes 

Cependant, l’exemple des protestations globales peut également être
utilisé pour montrer l’efficacité de la défiguration tactique des
signes. Lors des protestations contre le meeting de la Banque mondiale à
Prague en septembre 2000, les fées déhanchées du « Pink Block » sont
non seulement parvenues à pénétrer dans le symbolique « coeur de la
bête » (le centre de conférences du meeting de la Banque Mondiale) -
chose que ni les Tute Bianche dans leurs combinaisons protégées, ni les
combattants en noir du Black Block n’avaient réussi à faire. De plus,
ils ont aussi crée des images qui menèrent l’icône du combattant de
rue jettant des pierres contre la police jusqu’à un point
d’absurdité - le combattant est ici une combattante en rose, une
danseuse de samba. Une année plus tard à Gênes, il s’agissait de
martiens, d’ovnis, de soldats ON-U de la VolxTheaterKarawane, des filles
en bikini, des hommes Michelin, et d’autres qui ont défiguré et
distancié l’image fermement figée de ce à quoi une manifestation est
censée ressembler et comment elle est censée agir. 

 Langage du pouvoir et Oscillation 

Pour la guérilla des communications, il ne suffit pas de connaître
l’adversaire - l’enjeu consiste plutôt à maîtriser les formes et
les signes mêmes qui constituent pour ainsi dire « le langage du pouvoir
. » Les guérill at s des communication ne sont pas des espions ou des agents
secrets dans le monde du travail ou dans le monde du consensus bourgeois.
Dans leur vie quotidienne, ils en font souvent partie en acceptant les
rôles de professeurs et de collègues, en prenant en charge des fonctions
dans le système capitaliste. Or c’est précisément de cette manière
que l’oscillation entre la critique radicale et le camouflage devient
possible. Les journalistes destinataires et leurs lecteurs, des clients
potentiels, tous ceux qui sont confrontés au matériel publicitaire de la
Deportation Class, sont automatiquement ramenés aux contradictions du
système capitaliste et de son idéologie humaniste occidentale. Est-ce
vraiment que la Deportation Class est une offre cynique des places bon
marché sur des vols d’expulsions faite par la Lufthansa ? Ou bien
s’agit-il d’une critique particulièrement réussie de ses pratiques
d’expulsions ? Si les récepteurs se décident pour la première
interprétation, ils sont alors confrontés à la question consistant à
savoir si cela n’implique pas que l’on fasse de l’argent aux dépens
de la dignité humaine ou bien s’il s’agit d’un instrument légitime
de marketing. S’ils pénétrent la Deportation Class comme un faux,
alors ils ne peuvent tout simplement pas rejeter cette campagne comme une
calomnie absurde - la logique narrative est trop proche de l’idéologie
réelle de Lufthansa. Sans égard de savoir quelle interprétation le
destinataire choisira d’assumer, une fois que les questions sont
posées, elles restent collées à la Lufthansa. De cette manière, la
pratique de la pollution de l’image fissure ce qui est largement
accepté et pris comme allant de soi dans le système capitaliste, ouvrant
ainsi une vue non médiatisée des contradictions entre la réalité et la
représentation. 

 Le contact par Irritation 

La guérilla de communication ne doit pas avoir peur du contact : elle
doit oser entrer complètement dans la logique du discours dominant
détesté afin de la retourner de l’intérieur. Elle doit faire
confiance à l’efficacité des signes et ne pas céder à la tentation
d’offrir quand même une information explicative, en enlevant ainsi le
masque. Lors des escapades guerrières du gouvernement SPD allemand,
également supporté par les Verts, un poster a été mis en place
montrant le soldat familier mourant (« Pourquoi ? ») . Une légère
distanciation avait changé le « Pourquoi ? » en « Pourquoi pas ? »
Les logos du SPD et des Verts dans le bas du poster suggéraient qu’il
aurait pu s’agir d’une publication de ces partis - malgré que le
lecteur expérimenté comprenne aisément bien que les partis politiques
en question n’auraient jamais affirmé le cynisme de leur politique de
manière aussi ouverte. Par le choix et le montage des images, le poster
disait clairement : le cynique « Pourquoi pas ? » est l’attitude de
ces partis, qu’ils l’admettent ou non. Si l’on avait pourtant
ajouté un texte de reproche, cette intervention aurait quitté l’espace
de la guérilla de communication et serait devenue de la
propagande/agitation. Sa fonction aurait été celle d’une explication
avec un facteur de sourire, plutôt que celle de l’irritation qui dans
le meilleur de cas force à la réflexion. 

 En Bref, pour ce qui nous concerne Utilisation des médias et des codes
médiatiques établis Manipulation et défiguration du discours dominant
Praxis politiques et relationnelles, voire artistiques (Praxis :
"Activité en vue d'un résultat, opposée à la connaissance d'une part,
à l'être d'autre part. Le langage en tant que praxis." Nouveau Petit
Robert )

 The YesMen 

 

Official Website 

HNS - Mystification Union Carbide 

Les Yesmen en apôtres de la réduction des risques (financiers) 

 Roger And Me 

 

Ancien ouvrier licencié, Michael Moore réalisait sans moyens, en 1989,
ROGER AND ME, un foudroyant documentaire sur sa ville natale, Flint,
petite ville industrielle du Nord des Etats-Unis ruinée à cause des
délocalisations en masse perpétrées par General Motors. Pendant tout le
film, Michael Moore (et un caméraman à ses côtés), cherche à
s'infiltrer par tous les moyens dans les locaux et les lieux où il serait
susceptible de rencontrer « Roger », le patron de la célèbre
multinationale. Parallèlement, il dépeint la vie misérable de ces
hommes et de ces femmes brusquement mis au chômage, souvent forcés de
quitter leur logement faute d'argent. À la fin, Moore parvient à parler
à « Roger » lors d'une réception mondaine de Noël et lui parle sans
voile des victimes de ses licenciements abusifs. Inoubliable. On sort du
film atterrés. 

Sources : 

Acrimed : La liberté de la presse a du plomb dans l'aile 

AFRIKA GRUPPE : Guérilla de Communication Blablaxpress.org ||
Contrast.org 

Cadrage.net : Analyse du film The Big One 







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