[SAEL Forum] [sael - syndicat autonome des étudiant(e)s liégeoi(se)s] [forum] "Punishment Park" de Peter Watkins
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Ven 4 Nov 05:39:01 CET 2005
(ceci est un message automatique)
Message poste par Jérôme <> a la suite de votre article.
Ne repondez pas a ce mail mais sur le forum a l'adresse suivante :
http://sael.be/forum444.html
"Punishment Park" de Peter Watkins
Voilà la présentation qui a été faite pour ce film, enfin c'était pas
exactement le texte ci-dessous (on a quand même été plus court :-) mais
les idées principales sont là (vous pouvez trouver le dvd à la
Médiathèque de la Communauté française place Cathédrale ou le
commander sur le net).
Par rapport à Watkins, on recommande particulièrement son livre "media
crisis", intégralement disponible sur le site de l'éditeur :
http://homnispheres.info/article.ph...
Le parcours de Peter Watkins étant relativement atypique et son œuvre
assez méconnue, nous avons choisi de faire une présentation un peu plus
longue que d'habitude :
Petite filmographie.
Peter Watkins est né en 1935 en Angleterre et est tjs vivant.
Il a suivi des études d’art dramatique entrecoupées par son service
militaire. Après quoi il s’est lancé dans la réalisation de films et
documentaires amateurs. Il réalise notamment Forgotten Faces en 1960 qui
lui ouvrira peu après les portes de la BBC où il recevra une formation
de documentariste.
Suite à une commande de la BBC, il réalise en 1965 le documentaire-film
« The War Game » qui montre les conséquences d’une attaque atomique
contre la Grande-Bretagne et critique l’absence de débats sur le
nucléaire ainsi que la désinformation des médias dominants sur ce
sujet. C’est là que les ennuis de Watkins commençent, le film va
recevoir l’Oscar du meilleur documentaire en 1966 et être interdit de
diffusion par la BBC pendant 20 ans.
Peu après, il réalisera son premier long-métrage, « Privilege » qui
est une allégorie sur la manière dont les mass-médias, l'industrie de
la musique pop et l'establishment britannique concourent à détourner
l'énergie politique des jeunes. Le film sera critiqué virulemment par la
presse, diverses pressions lui ferment les portes des sociétés et
l’amènent à quitter la Grande-Bretagne.
Il s’installera alors en Suède où il tourne un film pacifiste qui lui
attire encore les foudres de la société suédoise et le poussera à
nouveau sur les routes de l’exil.
C’est à ce moment-là, vers 1970, qu’il rejoint les Etats-Unis où il
tourne Punishment Park qui connaîtra également les affres de la censure
et déchainera les passions.
Continuant à chercher un lieu de travail propice, il posera ses valises
en Norvège où il réalise un film sur Edward Munch qui raconte les
jeunes années du peintre aux prises avec la société puritaine de son
époque. Ce film, présenté par Bergman comme un « travail de génie »,
est probablemnt celui qui sera le plus diffusé à sa sortie.
Pendant les 15 ans qui suivent Punishment Park, Watkins essayera de
tourner un certain nombre de films-documentaires sur des sujets variés,
entre autres le pacifisme, le taux de suicide des jeunes danois, le rôle
des médias de masse dans les politiques bellicistes, le génocide des
indiens d’Amérique ou sur divers artistes (notamment Marinetti et
Strindberg). Un nombre important de ces films seront abandonnés en raison
du désistement des producteurs ou de manque de fonds et lorsque Watkins
arrive difficilement à les terminer, la grande majorité des
télévisions et des réseaux de distribution refusent de les diffuser.
En 1994, il quitte le monde du cinéma et va s’installer, apparament
définitivement, à Vilnius en Lituanie.
Il réalisera toutefois encore « La Commune ». Tourné en 1999 et
coproduit par Arte, ce film de plus de cinq heures revient sur les
révoltes de Paris en 1871 en les présentant non comme un échec mais
comme le début d’une réflexion sur la solidarité, l’engagement et
toute une série de thèmes connexes encore d’actualité. Mais le film
sera peu projeté, Arte ne le difusera qu’une fois, arguant ensuite
qu’il ne correspond aux critères formels de diffusion et que ce n’est
pas une œuvre réussie.
"Media crisis"
En 2003, il écrit le livre "media crisis" dans lequel il pose une analyse
critique des médias audiovisuels de masse et proopose des alternatives à
ce système.
IL y develloppe notamment le concept central de « monoforme » :
"Pour ceux qui me lisent pour la première fois : la Monoforme est le
dispositif narratif interne (montage, structure narrative, etc.) employé
par la télévision et le cinéma commercial pour véhiculer leurs
messages. C’est le mitraillage dense et rapide de sons et d’images, la
structure, apparemment fluide mais structurellement fragmentée, qui nous
est devenue si familière. (...)
De nos jours, la Monoforme se caractérise également par d’intenses
plages de musique, de voix et d’effets sonores, des coupes brusques
destinées à créer un effet de choc, une mélodie mélodramatique
saturant les scènes, des dialogues rythmés, et une caméra en mouvement
perpétuel.
Il existe plusieurs variantes de la Monoforme : la structure narrative
mono-linéaire classique, utilisée dans les films de cinéma, les sitcoms
et les feuilletons policiers ; le mélange fluide de thèmes et d’images
apparemment décousues, propre aux chaînes de télévision musicales
telle que MTV ; la structure saccadée et fragmentaire des informations
télévisées du monde entier ainsi que de nombreux documentaires (...).
Ces variantes de la Monoforme ont des caractéristiques communes : elles
sont répétitives, prévisibles, et fermées à toute participation des
spectateurs. Contrairement aux apparences, elles s’appuient toutes sur
une utilisation très rigide et contrôlée du temps et de l’espace. Ces
normes sont développées par et pour les médias et non pour servir
l’énorme potentialité de désirs existant chez les spectateurs. Il est
fondamental de comprendre que ces variantes de la Monoforme sont toutes
fondées sur l’hypothèse convenue que les spectateurs sont immatures,
et qu’ils ont donc besoin de dispositifs de présentation familiers pour
être « accrochés » (i.e., manipulés). C’est pourquoi tant de
professionnels des médias s’appuient sur la Monoforme : les
ingrédients tels que la rapidité, le montage-choc, le manque de temps et
d’espace, garantissent que les spectateurs n’auront pas le loisir de
réfléchir à ce qui leur arrive."
Si Watkins analyse la forme des médias audiovisuels de masse, il s'y
intéresse aussi en tant que vecteurs d'idéologie, aux Etats-Unis après
le 11 septembre et en Europe, et réfléchit sur l’éducation aux
médias, la violence dans les MMAV et les conséquences sur les cultures
populaires. Il interroge également le rôle et la responsabilité des
réalisateurs, des producteurs et des festivals.
Consacrant un chapitre au mouvement altermondialiste, il reconnaît le
travail positif de certains de ces acteurs mais met en avant que certains
franges (sinon la plupart) de ce mouvment ont recours aux formes
traditionnelles des MMAV et focalisent souvent leur critique sur le
contenu de ces médias. Ainsi le mouvement altermondialiste a tendance à
ne pas remettre en cause (et donc à reproduire) la "relation
hiérarchique" entre le public et les médias de masse, passant ainsi à
côte de la question d'un processus participatif entre le public et les
producteurs.
Enfin, Watkins aborde la question du public, la nécéssité de la
réapropriation du champ critique et d’analyse des médias, qui ne doit
pas uniquement être l’œuvre de professionels. Il propose une grille
d’analyse des émissions et des films, une mise en débat de ses
derniers, de leur forme, de leur origine et de leur finalité. Il finit
par encourager (et proposer des pistes pour) la pratique du cinéma, la
création de médias audiovisuels alterntifs visant à stimuler
l'intellignece et la créativité des spectateurs.
Bref, un livre intéressant (impressionant) où Watkins mêle réflexion
théorique et pratique, proposant une analyse à la fois profonde, fine et
sans complaisance de ce système des médias de masses qu’il connaît de
l’intérieur.
Le livre a été traduit en français, il est paru aux éditions
homnisphères et pour ceux que ça interesserait, il est intégralement
accessible sur le site internet de l'éditeur :
http://homnispheres.info/article.ph...
Mais aujourd’hui Watkins commence à être réhabilité, le mouvement
altermondialiste y a notamment participé, probablement que l’avènement
du dvd a aussi joué un rôle en facilitant la diffusion de ses films. Bref
depuis qq années des rétrospectives lui sont consacrées dans divers
lieux, festivals ou autres.
Sur la censure dont il a été (est) l'objet
Voilà pour ses œuvres, revenons un peu sur la censure dont il fait
l’objet et ce que pourraient être les raisons de cette censure.
Premièrement on voit l’évolution de la censure : ses premiers films
sont tout de même projetés qq fois, entrainent de larges débats et sont
ensuite mis à l’index sous la pression des franges réactionnaires de la
société et des pouvoirs en place.
Tandis que par la suite (pour la Commune, le film sur Strindberg), la
censure s’exercera en empechant les tournages ou les montages, en
refusant de les financer puis en ne diffusant pas les films. Alors que
Watkins est à ce moment un réalisateur internationalement reconnu et
qu’il cherche à tout prix à défndre ses films, il n’y a
presqu’aucun débat autour de cette censure (qui a entendu parler de
l'affaire de "La Commune" pour laquelle il a régulièrment interpellé
les médias ?).
Cette évolution de la censure pourrait refléter la diffénrece de
contexte politique entre les années 60’ et 2000, la disparition des
confrontations ouvertes entre les générations et les idéologies
politiques, ou le consensus généralisé sur la non-remise en question
des orientations libérales de notre société.
Mais la différence principale entre ses deux époques et ces deux formes
de censure est probablement que la censure n’est plus l’œuvre de
l’Etat et de la société en général mais des réseaux de production
et de diffusion dépendants des grandes groupes médiatiques. Si la
censure dans les années 60' se faisait de manière discrète (pression
sur les exploitants de salle,...), elle est encore moins visible de nos
jours, presque tout se passant avant la diffusion. Un autre changement est
que la censure n'est plus l'oeuvre d'entités pouvant se présenter comme
émanant de "la majorité" mais de groupes privés défendant des
intérêts très particuliers. Bref cette évolution de la censure met en
lumière le pouvoir qu’ont pris ces conglomérats financiers et les
conséquences que cela peut avoir sur les formes de cultures alternatives.
La forme "documentaire-fiction" et les médias
En parlant de sa filmographie, on a parlé pls fois de
"documentaires-fictions", on va un peu revenir sur cette notion à travers
"Punishment Park". Ce type de film nous semble en effet assez, nous
pourrions peut-être le rapprocher du néo-réalisme italien des années
40 (De Sica, Rosselini) ou de qq films éparses ("In this World", 'c'est
arrivé près de chez vous",...) mais nous ne voyons aucun réalisateur
qui aille aussi loin que Watkins dans ce jeu sur la vérité des images.
En qq mots, l'histoire du film : dans le contexte du début des années 70
(émeutes étudiantes à Berkeley en 69, guerre du Vietnam et mouvement
pacifiste, Black Pathers), une loi, le Mc Carren Act, autorisant à placer
en détention « toute personne susceptible de porter atteinte à la
sécurité intérieure » est mise en application par Nixon. Sur cette
base, sont créés des "punishment park" où les opposants intérieurs à
la politique des Etats-Unis (pacifistes, déserteurs, militants noirs)
sont jugés sommairement par un tribunal d'exception, suite à quoi ils
doivent choisir entre une lourde peine d'emprisonnement ou un séjour de
trois jours dans le park. Le séjour en question consiste à traverser 80
km de désert pour atteindre le drapeau américain pendant que diverses
forces de police poursuivent les condamnés (le but étant que ces
dernières puissent s'entraîner), si le drapeau est atteint la peine est
annulée. Nous allons donc suivre deux groupes : un où les militants sont
jugés par le jury populaire et se défendent ds des débats, tandis que
l'autre est dans le park.
On parle de documentaire-fiction car le film est explicitement tourné
comme un documentaire : au début du procès, le président du tribunal
annonce que la BBC fait un reportage sur le park. Une voix-off est
présente et les journalistes interviewent les divers protagonistes.
Là où le film s'approche encore du documentaire, c'est par le fait que
les acteurs sont des amateurs et jouent "leur rôle" : les membres du jury
sont réellement femme au foyer, directeur d'entreprise ou professeur de
sociologie, les policiers sont policiers et les militants militants. De
plus, presque tous les dialogues sont improvisés : Watkins a dit aux
acteurs de réagir en fonction de leurs propres convictions.
D'autre part, le film part de faits réels et construie une suite fictive
: le Mc Carren Act a vraiment été voté dans les années 50 mais n'a pas
été mis en application (de même, les risques du nucléaire sont réels).
Watkins aborde explicitement la question des médias dans ce film (thème
récurrent à d'autres de ses oeuvres) : les débats portent souvent sur
qui est désinformé et manipulé et le rôle des journalistes dans le
park est mis en cause. Masi au-delà de ça, la forme de son film
interroge constamment le rôle du spectateur, la vérité des images qu'il
voit. On peut dire que Watkins fait une démonstration pratique de la
manipulation possible par les médias de masse : lorsqu’on voit ce film,
on apprécie ou on déteste mais ça paraît réel. Il n’y a qu’un pas
à faire pour remettre en cause la manière dont les médias
institutionnels mettent en forme l’information.
Ainsi, il nous semble que l’aspect le plus subversif du film tient dans
ce questionnement sur le rôle du spectateur et des médias, dans sa forme
de documentaire-fiction. Impression renforcée par le fait que de nombreux
autres films ont des contenus politiques très critiques (M.Moore, O.
Stone) mais n'expériment pas pour autant la censure comme le fait
Watkins. Ainsi, une des causes probables de la censure est cette remise en
cause frontale des médias et de leur manière d’informer. Dans notre
société, la liberté d’expression est érigée en norme indépassable,
c’est d’ailleurs un argument utilisé par la presse contre Watkins «
vous nous présentez comme des fascistes alors qu’on vous laisse vous
exprimer ». Mais à partir du moment où la forme de cette liberté
d’expression est interrogée, notre société peut être bcp plus
virulente et beaucoup moins tolérante, pensons aussi aux critiques et à
l'évacuation de gens comme Bourdieu et Pierre Carles.
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