[Rage-aln] action pour protester contre les conditions de détention de Bahar

Cedric Tolley ctolley at ulb.ac.be
Jeu 16 Nov 12:30:34 CET 2006


Bruxelles, le 15 novembre 2006

Action-surprise et remise d'une lettre ouverte à madame Laurette Onkelinx ce
vendredi 17 novembre 2006 à 18 heures précises. Rendez-vous au pied de la
fontaine de la Place Jamblinne de Meux, 1040 Bruxelles.

Refusons la torture et sa banalisation dans nos prisons! Non à l'isolement
des prisonniers, à la lumière aveuglante, aux fouilles anales et contrôles
incessants! Mobilisons-nous tous pour un système carcéral belge à la hauteur
d'un Etat respectueux des droits humains!

Soyons tous présents, munis d'une lampe de poche, aux côtés de la famille de
Bahar Kimyongür ainsi que des familles de Musa Asoglu et Kaya Saz qui feront
le déplacement d'Allemagne et des Pays-Bas!


Un jugement inique

Bahar Kimyongür, citoyen belge et ancien porte-parole du Bureau
d'information du DHKC à Bruxelles, inculpé avec plusieurs autres prévenus
dans « l'affaire Erdal », a été condamné ce 7 novembre à 5 ans de prison
ferme par la Cour d'Appel de Gand, pour appartenance à une organisation
qualifiée de « criminelle et terroriste ».

Le DHKP-C est une organisation politique turque radicalement opposée au
régime d'Ankara. Dans ce contexte et en parallèle à de multiples activités à
portée sociale en faveur de populations fragilisées du pays, il est amené
parfois à commettre, en Turquie uniquement, des actions ciblées de
résistance armée pour protéger ces mêmes populations de l'oppression
violente qu'exerce contre elles l'Etat turc. A l'évidence, aucune de ces
actions n'est imputable, ni de près ni de loin, à Bahar Kimyongür.

Le travail de Bahar Kimyongür au sein du Bureau d'information consistait
essentiellement  à dénoncer en Belgique les violations des droits humains
dont sont notoirement coupables les autorités turques à l'encontre de leurs
opposants politiques. Bahar Kimyongür n'étant lui-même coupable d'aucun fait
criminel, les charges et accusations retenues contre lui ont manifestement
été dopées afin de justifier la sévérité du verdict.


Des conditions d'incarcération inhumaines

Actuellement incarcéré à Gand, Bahar Kimyongür est en attente de son
transfert à la prison de Bruges où sont détenus dans le cadre de cette
affaire, depuis le 28 février dernier, Musa Asoglu, Sukriye Akar et Kaya
Saz, respectivement condamnés tout aussi injustement que Bahar Kimyongür à
7, 4 et 4 ans d'emprisonnement.

Depuis le début de leur incarcération à Bruges il y aura bientôt neuf mois,
Musa Asoglu, Sukriye Akar et Kaya Saz sont soumis à un régime d'isolement et
à des conditions de détention « exceptionnelles » telles que fouilles anales
systématiques et privation sensorielle. Ainsi par exemple, une lumière
aveuglante de 80 watts reste allumée la nuit en permanence juste au-dessus
de leur tête, les empêchant de dormir et provoquant des troubles du sommeil
susceptibles d'entraîner une série de dérèglements physiques et psychiques
tels que spasmophilie, claustrophobie, voire folie. Ces détenus, qualifiés
de « dangereux », sont totalement isolés des autres détenus. Ils ne
participent à aucune activité de la prison. Ils restent confinés dans leur
cellule 23 heures sur 24 et n'en sortent que pour se rendre au préau de
manière individuelle. Toutes les 30 minutes, ils sont soumis à un contrôle
dans leur cellule.

Les contacts avec l'extérieur sont quasiment réduits à néant puisque seules
les visites des avocats sont admises sans contraintes et que les appels
téléphoniques sont limités. En outre, la confidentialité des entretiens avec
les avocats n'est pas toujours assurée puisqu'ils se déroulent parfois avec
une présence extérieure. Les seules autres visites qui leur sont autorisées
sont, dans certains cas, celles d'un cercle familial défini de manière très
restrictive. Même les gardiens sont surpris par la dureté des conditions de
détention qui visent ces trois détenus.

Pendant le procès en appel, lors de chaque transfert entre la prison de
Bruges et le Palais de Justice de Gand, Musa Asoglu, Sukriye Akar et Kaya
Saz se virent affubler d'un gilet pare-balles d'un poids de 10,5 kg.
Doublement menottés, ils portaient aux poignets une paire de menottes
classiques, une seconde paire étant fixée à la ceinture de leur camisole de
force. Ils étaient en outre contraints de porter des menottes aux pieds
ainsi qu'un bandeau sur les yeux. A l'occasion de chaque comparution, ils
étaient déshabillés et mis à nu par trois fois. Il leur était également
interdit de porter leurs propres sous-vêtements, chaussettes et chaussures.
C'est du reste en raison de ces pratiques humiliantes que Musa Asoglu et
Sukriye Akar refusèrent de se présenter devant le tribunal de Gand le 7
novembre dernier.

Totale illégalité
Ce régime carcéral inhumain semble être le fait de la ministre de la
Justice, laquelle, malgré quatre requêtes des avocats en extrême urgence,
renouvelle inmanquablement ses directives auprès de l'administration
pénitentiaire afin que ces mesures de coercition soient maintenues, voire
renforcées. Il faut souligner que ces méthodes sont contraires aux libertés
et droits fondamentaux reconnus par la Convention européenne pour la
prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou
dégradants et qu'à ce titre, le CPT, Comité du même nom, chargé du contrôle
du respect de la Convention, a déjà tancé la Belgique pour l'absence de
bases légales en la matière. Les autorités pénitentiaires agissent donc dans
une totale illégalité - ce que les juridictions belges ont également rappelé
à quatre reprises, réclamant la suspension de toute mesure visant ou ayant
comme effet de perturber le sommeil.


Grève de la faim
Notre concitoyen Bahar Kimyongür est en passe de devenir également victime
de ces traitements inacceptables. Le Néerlandais Musa Asoglu et l'Allemande
Sukriye Akar, quant à eux, sont en grève de la faim depuis le 30 octobre
dernier pour protester contre leurs conditions de détention à la prison de
Bruges.
Le Clea soutient ces prisonniers politiques et, saluant leur courage, en
appelle à tous les démocrates humanistes de Belgique et d'ailleurs pour
dénoncer avec force ces atteintes aux droits fondamentaux garantis par la
Constitution belge, ainsi que le mépris flagrant, dans le chef de madame
Onkelinx en particulier, de l'autorité de la chose jugée!

Non à l'isolement des prisonniers, à la lumière aveuglante, aux fouilles
anales et contrôles incessants! Refusons la torture et sa banalisation dans
nos prisons! Mobilisons-nous tous pour un système carcéral belge à la
hauteur d'un Etat respectueux des droits humains!


Le Comité pour la Liberté d'Expression et d'Association
www.leclea.be




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