[Ici] Han Fei Zi, Dangers du discours
allan-ici at no-log.org
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Lun 29 Oct 18:13:13 CET 2007
Han Fei Zi
- Dangers du discours-
La répugnance que j'ai à parler ne tient pas aux difficultés que j'y
trouve mais à ceci :
Mon verbe et agréable et facile, mes périodes s'enlacent en tresses
lustrées: on me reprochera de sacrifier la forme au fond. Je me montre
franc, honnête; mes mots sont frappés au coin de la droiture; on n'y verra
que des propos incohérents et étriqués. Ma phrase ronfle, je multiplie les
circonlutions, j'use de paraboles et de comparaisons, ce n'est qu'un
assemblage de formules creuses. J'opte pour un style dépouillé; je vais
droit à l'essentiel: on me trouve tranchant. Je mets le doigt sur les
travers des grands, je dévoile leurs arrière-pensées: on me taxe de
médisance. J'expose de vastes desseins, je déroule des plans si ointains
que nul ne peut les sonder: c'est de la hablerie. J'entre dans le détail,
je fait des comptes d'apothicaire, et me voici mesquin. Je sacrifie à la
mode, je cherche à ne choquer personne : basses flagorneries dictées par
la peur de la mort. Mes opinions tranchent sur celles du vulgaire, je
m'élève au-dessus des contingences de mon époque : je ne suis qu'un
charlantan. J'ai de la verve, mes arguments frappent, mon style chatoie :
littérature dira-t-on. Je néglige les artifices littéraires, je m'attache
au concret : je suis un rustre. J'ai à la bouche les citations classiques,
je prends l'antiquité pour modèle : je ne suis qu'un perroquet. Voici
pourquoi j'ai tant d'appréhension à parler et redoute le malheur.
En effet, pour juste que soit votre jugement, pour sensés vos arguments,
seront-ils pour autant entendus? Et ne peut-on craindre d'être au mieux
calomnié, au pire mis à mort?
-Manifeste doctrinal-
Le ciel a un grand dessein,
L'homme a un destin.
Les odeurs agréables et les viandes craquantes.
Les vins épais et les chairs croustillantes
Flattent le palais et ruinent la santé.
Belles filles aux dents blanches,
Réjouissent les sens, ruinent l'essence.
Il chasse l'excès, supprime le superflu
Afin de préserver son corps.
Point ne dévoile ses ressorts,
Sans cesse inactif.
Des choses se passent aux quatre coins du monde.
L'important : tenir le centre.
Le sage saisit l'important,
Les quatre orients répondent.
Calme, attentif, il attend,
Qu'on vienne le servir.
Tous les êtres que l'univers recèle
Par leur clarté à son obscurité se décèlent.
Fonctionnaire de droite, fonctionnaires de gauche
A vos postes!
Il ouvre sa porte de devant eux se poste.
Ne change ni ne mue,
Se mouvant avec les deux,
Sans jamais avoir de cesse.
Suivre la raison des choses :
Chaque être a une place, tout objet un usage.
Tout est là où il se doit.
De haut en bas, le non agir.
Que le coq veille sur la nuit,
Que le chat attrape les rats,
Chacun a son emploi
Et le maître est sans émoi.
La méthode pour tenir l'Un:
Partir des noms.
A noms corrects, choses assurées.
Les noms sont doubles,
Les choses se troublent.
Inactif, le sage tient l'Un,
Les noms se nomment,
Les choses se donnent.
(...)
Suivre la voie de nature,
Retourner aux raisons des formes
Observer et comparer
Formes et noms,
Aller des unes aux autres, incessamment,
Vide et en retrait sans user de soi-même.
Le malheur du maître:
Les fonctions se fondent.
Il compare sans jamais confondre;
Tous les suivent comme un seul homme.
Le Tao : infini et sans forme,
Sa vertu : universelle, rationnelle.
S'étendent aux êtres vivants
Qui en usent judicieusement,
Jusqu'au parfait accomplissement,
Sans que leur permanence en dépende.
Le Tao imprègne tout :
Ses décrets s'y conforment
Vie et mort arrivent en leur temps
Il classe les noms,
Différencie les faits,
Unifie l'Un, rassemble les coeurs.
Voilà pourquoi il est dit :
"Le Tao n'est pas les dix mille êtres,
Sa vertu n'est pas le Yin et le Yang,
La balance n'est pas ce qu'elle pèse,
Le cordeau ce qu'il redresse,
Le diapason la sécheresse et l'humidité,
Le prince ne s'identifie pas à ses ministres.
Ces exemples illustrent la transcendance du Tao.
C'est pourquoi il est Un:
Le prince aussi est unique.
Prince et sujets n'ont pas même voie.
Les inférieurs quémandent les noms,
Le prince saisit le nom
Les sujets répondent par la forme.
Lorsque tous deux coïncident,
Prince et sujets sont en harmonie.
(...)
L'Empereur Jaune a dit :
" Entre inférieurs et supérieurs, cent combats en un jour".
Eux cachent leurs mobiles,
Ils cherchent jusqu'où aller.
Lui brandit les normes pour les réprimer.
La loi : le plus grand trésor du prince.
Les ligues, le joyau des sujets.
(...)
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