[Ici] inutile de se soulever?

allan-ici at no-log.org allan-ici at no-log.org
Lun 29 Oct 18:12:25 CET 2007


http://fr.youtube.com/watch?v=xH_ZqfTOrxk&mode=related&search=
on the ground in yangoon

évidemment ici
c les démokrasseux qui rappliquent :
ouh les méchants militaires
ah les beaux moines non-violents
conclusion spectaculaire : boycottons total et demandons à l'onu d'intervenir
.....
et pourtant
.....
inutile de se soulever, de s'insurger?
.....
 on dirait le printemps 89 à Pékin
des singularités....
elles demandent la démocratie?
elles y voient tout ce qu'elles n'ont pas - la fin de l'état d'exception

des moines, des milliers,
des jeunes, des cadets de familles, déshérités,
formés à traduire leurs affects en termes théologiques/philosophiques,
qui vivent en communautés...
des étudiants,
mais surtout des singularités quelconques....


"de là justement, la nécessité de faire ressortir ce qu'il y a de non
réductible dans un tel mouvement. Et de profondément menaçant our tout
despotisme, pour celui d'aujourd'hui comme celui d'hier. (...) Nul n'a
le droit de dire : "révoltez-vous pour moi, il y va de la libération
finale de tout homme." Mais je ne suis pas d'accord avec qui dirait :
"Inutile de vous soulever, ce sera toujours la même chose." On ne fait
pas la loi à qui risque sa vie devant un pouvoir. A-t-raison ou non de
se révolter? Laissons la question ouverte. On se soulève, c'est un
fait; et c'est par là que la subjectivité (pas celle des grands
hommes, mais celle de n'importe qui) s'introduit dans l'histoire et
lui donne son souffle. Un délinquant met sa vie en balance contre des
châtiments abusifs, un fou n'en peut plus d'être enfermé et déchu; un
peuple refuse le régime qui l'opprime. Cela ne rend pas innocent le
premier, ne guérit pas l'autre, et n'assure pas au troisième les
lendemains promis. Nul, d'ailleurs n'est tenu de leur être solidaire.
Nul n'est tenu de trouver que ces voix confuses chantent mieux que les
autres et disent le fin fond du vrai. Il suffit qu'elles existent et
qu'elles aient contre elles tout ce qui s'acharne à les faire taire,
pour qu'il y ait un sens à les écouter et à chercher ce qu'elles
veulent dire. Question de morale? Peut-être. Question de réalité,
sûrement. Tous les désenchantements de l'histoire n'y feront rien :
c'est parce qu'il y a de telels voix que le temps des hommes n'a pas
la formde l'évolution, mais celle de "l'histoire", justement."
Michel Foucault, Inutile de se soulever?, 1979
à propos de la révolution iranienne, après la prise du pouvoir par Khomeyni

"I don't know exactly what democracy is, but we need more of it."
anonymous chinese student during protests in Tienanmen square, Beijing, 1989

"Le fait le plus frappant, en effet, dans les manifestations du mois
de mai chinois, c'est la relative absence de contenu revendicatif
déterminé (démocratie et liberté sont des notions trop courantes et
générales pour constituer un objet réel de conflit et la seule demande
concrète, la réhabilitation de Hu Yao-Bang, fut accordée d'emblée).
D'autant plus inexplicable paraît la violence des réactions de l'État.
Il est probable toutefois, que la disproportion ne soit qu'apparente
et que les dirigeants chinois, de leur point de vue, aient agi, avec
plus de lucidité que les observateurs occidentaux, préoccupés
exclusivement de donner des arguments au clivage de moins en moins
plausible entre communisme et démocratie. Car la nouveauté de la
politique qui s'annonce c'est qu'elle ne sera plus une lutte pour la
conquête ou le contrôle de l'État, mais une lutte entre l'État et le
non-État (l'humanité), disjonction irrémédiable des singularités
quelconques et de l'organisation étatique. (...) Ceci n'a rien à voir
avec la simple revendication du social contre l'État, qui, récemment,
a trouvé une expression dans les mouvements de contestation. Les
singularités quelconques ne peuvent former une societas parce qu'elles
ne disposent d'aucune identité qu'elles pourraient faire valoir,
d'aucun lien d'appartenance qu'elles pourraient faire reconnaître. En
dernière instance, en effet, l'État peut reconnaître n'importe qu'elle
revendication d'identité - même celle (l'histoire des rapports entre
l'État et le terrorisme à notre époque en est la confirmation
éloquente) d'une identité étatique à l'intérieur de lui-même ; mais
que des singularités constituent une communauté sans revendiquer une
identité, que des hommes co-appartiennent sans une condition
d'appartenance représentable (même dans la forme d'un simple
présupposé) constitue ce que l'État ne peut en aucun cas tolérer. La
singularité quelconque, qui veut s'approprier de l'appartenance même,
de son propre être dans le langage et rejette, dès lors, toute
identité et toute condition d'appartenance, est, dès lors, le
principal ennemi de l'État. Partout où ces singularités manifesteront
leur être commun il y aura une place Tienanmen et, tôt ou tard, les
chars d'assauts apparaîtront."
Giorgio Agamben, La communauté qui vient : théorie de la singularité
quelconque, 1990

"Le peuple a perdu la confiance du gouvernement.
Le gouvernement a décidé de dissoudre le peuple et d'en désigner un autre."
Bertolt Brecht, après l'insurrection de Berlin-est du 17 juin 1953
(suite à la mort de Staline)





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