[Ici] cynisme
fabien defendini
fabiendefendini at gmail.com
Mar 16 Oct 09:19:08 CEST 2007
En -450, Aspasie ouvre la première école pour femmes, à Athènes. Elle y
enseigne la rhétorique et la philosophie. A l'époque, les femmes grecques
sont pourtant considérées comme des mineures : soumises à leur père ou leur
mari, elles ne peuvent posséder de biens et la maison est leur lieu de vie
habituel. Hipparchia fait figure d'exception.
D.R.
Bien que l'on sache en réalité très peu de chose sur elle, on peut
considérer Hipparchia comme la première femme philosophe. Elle doit son
entrée dans la sagesse à son amour pour Cratès, à moins que ce ne soit son
désir de devenir philosophe qui l'a poussée à s'unir à celui qui deviendra
son maître en cynisme.
Le cynisme est une école philosophique connue avant tout par les
excentricités de ses membres, dont celles de son fondateur Diogène de Sinope
(né en - 413, mort en - 323). Disciple d'Anthistène, lui-même élève de
Socrate et concurrent de Platon, Diogène refuse toutes les conventions :
dormant dans un tonneau (selon la légende), il n'a pour tout vêtement qu'un
ample manteau et se nourrit d'aliments crus. Voyant un jour un enfant boire
de l'eau en la tenant dans sa main, Diogène abandonne aussitôt le bol qu'il
utilisait.
Diogène rejette aussi la hiérarchie et les institutions : à Alexandre le
Grand qui lui propose d'exaucer un de ses souhaits, il répond : *"Ote-toi de
mon soleil !"* C'est que le pouvoir ne l'impressionne pas, et qu'il ne
manque pas de mordant. On attribue d'ailleurs le nom de cynique - ce qui
veut dire chien en grec - à l'agressivité de Diogène et de ses disciples.
(Un autre explication, plus prosaïque, est que les cyniques se réunissaient
dans un gymnase appelé Cynosarge).
Les cyniques ne rejettent pas seulement l'ordre social mais aussi la
science. Pour eux, la seule connaissance utile est la vertu,
particulièrement rare chez les mortels. Pour le rappeler, Diogène aime se
promener en pleine journée dans les rues d'Athènes, une lampe à la main, à
la recherche d'un homme digne de ce nom.
Cratès (né vers -370) fut peut-être l'un des seuls à agréer Diogène.
Converti au cynisme par une pièce de théâtre, Cratès vend tous ses biens,
n'hésite pas à battre ses parents qui veulent l'empêcher de vivre comme il
l'entend, et foule aux pieds l'institution du mariage et la famille :
prônant l'amour libre, il va jusqu'à marier sa fille à l'essai.
Hipparchia ne semble pas plus attachée aux conventions que son compagnon.
Elle refuse d'être une mère de famille et une ménagère, étant fière d'avoir
consacré son temps à l'éducation plutôt qu'au métier à tisser : "*Car je
n'ai pas choisi les travaux des femmes à l'ample robe, mais la vie forte des
cyniques."* Première philosophe de l'histoire, Hipparchia se révèle aussi la
première féministe.
Derrière le goût cynique de la provocation, il faut voir une authentique
recherche philosophique, particulièrement dure. En fait, Diogène et ses
disciples veulent suivre les commandements de la nature et rompre avec les
artifices de la société. Ce qui leur interdit tout confort et toute
reconnaissance.
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