[Ici] FW: (discu) occupation et contestation (suite)
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Mar 27 Nov 11:18:16 CET 2007
SUR LA MALHONNETETE INTELLECTUELLE EN MILIEU UNIVERSITAIRE
Se répand sur les campus actuellement, un questionnement, une
incompréhension des étudiants face à ceux qui, hier encore, se
prétendaient être les alliés, voire les garants du savoir, de la
critique et de la liberté de la jeune génération.
Pourquoi les professeurs, ceux qui se revendiquent contre les mesures
du gouvernement, contre ses lois et ses réformes, favorables à un
mouvement social, ne parviennent-ils jamais à prendre effectivement
(dans ses effets) part à la grève ? Pourquoi le fait de ne pouvoir
assumer cette position de gréviste les poussent-ils même à adopter
une posture inverse ou fuyante, allant jusqu'à participer aux milices
crées par leur hiérarchie ; acceptant sans broncher (ou, pour
d'autres, en ne faisant justement QUE broncher) l'intervention des
forces de l'ordre dans leur établissement ; se persuadant de la
véracité du grotesque tissu de mensonges relayé par les médias ;
tentant de faire croire que les risques, les formes et les méthodes
de la grève sont les causes de la rupture et que nous, les grévistes,
détenons donc l'entière responsabilité de leur absence.
Ils oublieront. On oublie très vite ce genre de comportements et
leurs conséquences, dont on n'est pas forcément très fier mais dont
on s'est persuadé, tous ensemble, dans l'élan d'une AG statutaire
présidée par sa hiérarchie, qu'on a bien fait, qu'on n'avait pas le
choix et que ça allait dans l'intérêt de tous… (et surtout de certains).
Mais les étudiants, eux, oublieront-ils si le retour devant leurs
professeurs devait se faire "comme avant", "normalement" ?
En adoptant cette posture, le corps professoral nie la responsabilité
commune des étudiants et des profs face à l'attaque qui est faite à
nos lieux d'étude et de recherche. Ils nient surtout notre
responsabilité commune du présent et l'attaque qui NOUS est faite.
Nous les grévistes, sommes encore une minorité… la faute à qui, sinon
aux éternels absents ? Nous sommes une minorité mais avons pris
position. Nous sommes là où nous devons être par rapport aux idées
que nous portons et face à ce qui nous est imposé chaque jour en sein
de nos établissements intellectuellement puants ; de nos boulots de
survie, de nos logements plus ou moins étriqués et minables, de nos
perspectives bouchées, de nos villes inhumaines, et de nos vies que
nous sentons de plus en plus dirigées. Nous agissons en conséquence
d'un contexte, sans attendre de la part des autres que les formes du
mouvement nous conviennent, mais plutôt en agissant nous-mêmes sur
ces formes, malgré nos oppositions, pour que celles-ci tendent à nous
convenir et qu'elles aient quelques conséquences sur le monde contre
lequel nous luttons. Les milices et autres spectateurs de la grève
prétendument contre la LRU, eux, ne se positionnent toujours qu'en
fonction du plus grand nombre. Il faut être du côté du nombre,
toujours attendre le confort des masses et l'anonymat ou l'absence
qu'elles peuvent garantir ; ou pire, ne pas être du tout, absent du
débat, quitte à agir ou laisser agir en désaccord avec ses propres
convictions. Et ça prétend soutenir, savoir et donner des leçons
depuis les méthodes et l'histoire des luttes et des acquis sociaux
jusqu'à la façon de tenir propres des locaux ! Pire encore, ça vient
nous dire, la bouche en c¦ur, que nous nous y prenons mal, que nous
détruisons notre outil de travail plus encore c'est sûre que la LRU,
que la prétention intellectuelle de certains chercheurs, que
l'autorité de l'administration, que les flics qui occupent nos
campus ! Oui ça donne des leçons, ça ne sait d'ailleurs plus faire
que ça ! Laissez nous vous dire qu'affirmer son soutien entre deux
portes ne soutient rien ! Que nous saturons des donneurs de leçons !
Quelle prétention pour cacher une si grande naïveté sur la réalité
sociale et politique de ce monde ! Quelle misère intellectuelle pour
une élite !
Quelle malhonnêteté surtout ! Car soyons clairs, ce qui entrave
l'action du personnel enseignant des universités, ce n'est pas tant
que ça la forme et les méthodes mises en place par le mouvement et
que personne par ailleurs ne leur demande d'adopter. Ces personnels
ne sont simplement pas capables d'en inventer d'autres, efficaces, et
de les mettre en place. Non, ce qui empêche les profs de se mobiliser
est bien plus complexe et bien moins honorable que la lucidité qu'ils
prétendent avoir, toujours depuis l'extérieur, sur notre mouvement.
Ce qui les neutralise c'est la peur de leur hiérarchie, le confort de
leur condition et l'arrogance de leur statut.
Inutile de revenir longuement ici sur les pressions de la hiérarchie.
Tout le monde a pu constater à quel point les présidents d'université
ont été capables de manipulations et de pressions sur leurs
personnels, les persuadant du danger d'un mouvement pour la survie de
leur fac là où ils défendent surtout leur propre place dorénavant
soumise à la concurrence, à l'examen des chefs d'entreprises, à
l'autorité d'un gouvernement fascisant. Ces managers du savoir ont
mis un point d'honneur à persuader leurs petites mains de l'aspect
"contre-productif" du blocage. Productif/contre-productif, des termes
d'hors et déjà aussi récurrents dans la bouche des personnels que
majorité/minorité, légitimité/illégitimité dans celle des contre-
bloqueurs… Des termes à enregistrer pour un avenir ou le minoritaire
et le non rentable n'auront plus droit de cité ! L'attitude et les
propos mensongers des présidents d'université, téléphone rouge du
ministère greffé à l'oreille, tend à pousser ainsi les profs à tout
accepter pour le maintient de nos universités dans n'importes quelles
conditions y compris celles à venir de facs soumises aux intérêts
privés. Ils sont à présent tout disposés à créer des milices pour en
découdre avec les "spécimens révolutionnaires" décrits dans les
médias gouvernementaux ou à faire pression sur les grévistes (menace
de suspension de contrats de vacataires, de représailles sur la
notation des contrôles continus, suspension de stages…)
Nul besoin non plus de s'attarder sur le confort de la condition du
personnel enseignant. 26 000 euros brut annuel en début de carrière
pour les maîtres de conf., 33 000 euros pour les professeurs-
chercheurs… et jusqu'à près de 70 000 euros annuel en fin de
carrière. Du peu qu'il y est deux salaires du même acabit… De quoi
continuer de penser à gauche tout en vivant tout à fait à droite !
Assez en tout cas pour visiblement ne plus voir la nécessité de se
mobiliser. De quoi poursuivre paisiblement l'examen de son nombril et
se questionner sur la bonne place de son dernier article signé dans
sa revue spécialisée préférée, bien au chaud dans ses pantoufles
pendant que les étudiants se battent au rythme du bruit des bottes.
Mais ce qui est bien plus intéressant encore c'est l'arrogance que
sous-tend le statut de professeur-chercheur ; la manière dont ce
titre conditionne la non-mobilisation sinon l'inertie du corps
enseignant. Ce qu'un mouvement étudiant et les situations qu'il crée
peut dévoiler de la prétention universitaire est révélateur des
rapports nauséabonds qui existent en permanence entre les profs et
leurs étudiants. Des rapports qu'entretient le contexte "normal" et
"tranquille" que ces mêmes profs souhaitent au plus vite retrouver
mais que les étudiants ne pourront bientôt plus (ré)accepter. C'est
aussi extrêmement révélateur d'un rapport au savoir qui doit être
remis en question.
Un prof ne pourra-t-il jamais prendre effectivement part au mouvement ?
… Au plus mènera-t-il sa petite grève corpo parallèle entre orga
syndicales, deux ou trois jours par mois, aux heures de mobilisations
nationales. Car prendre réellement part au mouvement signifierait
rétablir un rapport d'égalité avec les étudiants, or on ne mélange
pas les savants et les ignorants. S'abaisser à partager la grève, des
moments de grève, un repas, une discussion basée sur l'échange plutôt
que sur le gavage, une action, un dortoir… est de toute évidence
quelque chose d'inimaginable pour un prof. Agir et décider en commun
semble une idée insupportable. Il y perdrait inévitablement sa
posture de dominant, son statut particulier, sa dimension d'élite.
Son inscription dans un mouvement commun l'amputerait du contrôle
individuel qu'il a en toute circonstance sur les choses. Et le sage
n'accepte pas que quoique ce soit le déborde. Il préfère donc sa
position d'intellectuel pensant, et bien-pensant tant qu'à faire,
face aux écervelés de l'occupation des facs… Il préfère son statut de
théoricien qui le dégage de l'action et des tâches ingrates de
l'organisation de la grève, qu'il réserve du coup à d'autres. Il se
place donc au mieux en posture de spectateur face aux acteurs du
mouvement… La très confortable position de spectateur qu'il brandit
comme garante de son objectivité intellectuelle, qui le dispense
d'assumer en acte sa position politique et qui est surtout la preuve
flagrante d'une grande malhonnêteté intellectuelle qui cache mal une
réelle prétention et un manque de courage évident !
Le fait est que la plupart des enseignants-chercheurs tiennent bien
trop à leur fameux statut d'élite. Ils pensent leur savoir tout
puissant, et le placent au dessus et même au-delà de tout, y compris
des orientations politiques de ce pays !
Un prof peut être tellement aliéné à sa condition de prof que si vous
lui dites que vous comblez largement le manque de cours par
l'enrichissement personnel que vous apporte l'expérience de la grève,
vous l'anéantissez littéralement ! Il y a une telle sacralisation du
contenu de leur cours chez les enseignants qu'il est impensable pour
eux de suspendre le déroulement normal des choses pour s'inscrire
dans une lutte commune et de se dire que vraiment, dans un contexte
si particulier, cela peut-être bien plus enrichissant et important
qu'un TD ou qu'un magistral cours. Si vous insistez, ils n'hésiteront
pas à vous tenir le grand discours humaniste sur leur rôle de passeur
de savoir là où nous les accusons de faire de la rétention.
Car ce que le prof dispense depuis son amphi à ses étudiants ne
constituent nullement l'objet et l'intérêt de sa recherche. Nous
n'avons le droit qu'aux banalités de programmes décervelants. Le prof
qui nous affirme que son savoir est infini mais que nous ne sommes
capables d'en recevoir qu'une partie, garde en fait le reste pour
plus savant, les lecteurs de revues spé, les amateurs de colloques
internationaux voire les chefs d'entreprises susceptibles, plus que
vous, d'assurer sa renommée. Le vrai savoir intéressant, il tient (ô
comble de l'idée d'enseignement et de transmission) à le garder pour
lui, pour ses confrères érudits, et pour tout ce qui, de manière
générale, peut être signé et reconnu. Et ce que cela laisse présager
du mépris des professeurs envers leurs étudiants est bien inquiétant.
Voilà pourquoi un prof ne semble pouvoir prendre effectivement part
au mouvement. Parce qu'exactement comme les occupants des facs
cessent d'être étudiants au moment même où ils s'engagent dans la
grève, luttant ainsi tous ensemble avec les chômeurs, les salariés,
les précaires, les lycéens, les jeunes des banlieues… s'inscrire dans
la lutte c'est simplement ETRE LÀ, CESSER D'ETRE PROF et renoncer, au
moins pour un temps, à son statut. S'inscrire dans une lutte c'est de
manière inconditionnelle rétablir ce rapport d'égalité qui
conditionne les prises de paroles, la répartition des tâches et des
richesses, l'échange des savoirs, la participation et l'expression de
tous… et c'est même probablement se battre pour.
--
Date: Tue, 27 Nov 2007 07:13:23 +0100
From: fabiendefendini at gmail.com
To: ici at listes.agora.eu.org
Subject: Re: [Ici] (discu) occupation et contestation (suite)
je ne serais pas d'avis de préserver l'université, mais plutôt de la reformuler. Et ainsi faire acte de réflexion contre la reformulation que propose le gouvernement. Quelle université pour demain? Quelle doit être son devenir? Entre fonction et connaissance, il y a plusieurs mondes. Cette technicité m'intéresse, et ne peut être le résultat d'une seule pensée. Il me semble que l'idée d'organiser, à l'initiative des étudiants un grand rassemblement de réflexions autour de ces problématiques serait malgré tout pas négligeable.
Vous qui êtes les étudiants de l'université d'aujourd'hui devriez initier ce mouvement qui pourrait sans aucun doute être transnational puisque l'objet de l'université n'est pas d'alimenter seulement l'économie et le réservoir de compétences nationales.
Donc pour cessez les plaintes théoriques, pour être dans l'application politique d'une idée.
Comment serait-il possible de débuter d'après-vous?
Fabien
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