[Ici] (discu) Texte d'A. Brossat sur le mouvement actuel dans l'université française
Arnaud Timmermans
arnaud.timmermans at gmail.com
Ven 23 Nov 00:58:37 CET 2007
Je me permets, je ne sais trop pourquoi ni à quel titre, de vous
transmettre ce texte d'Alain Brossat à propos du mouvement étudiant qui
se déploie actuellement en France. Peut-être parce qu'il a au moins le
mérite d'opérer un certain décalage par rapport aux idées qu'on (que je)
peut associer à ce genre de thématiques.
Pour court et lapidaire qu'il puisse être, il mérite en tout cas, je
crois, d'être lu et discuté.
Arnaud
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- Le genre de mouvement auquel nous avons actuellement affaire, sur
l’Université en général et à Paris 8 en particulier, est une occasion
rare de politisation du milieu étudiant et de la transformation des
universités en agoras éphémères. Le blocage rend l’un et l’autre
impossible, en créant les conditions pour que la grande majorité des
étudiants, ceux, précisément, qui connaîtraient le plus grand profit à
faire une telle expérience, restent chez eux et perçoivent ce qui se
passe à l’Université et, plus généralement, sur le front des luttes, par
le prisme des médias et de la rumeur publique.
- Ceux qui se font les avocats des procédures expéditives (une sorte de
blanquisme soft) par lesquelles est imposé le blocus de l’Université,
sans qu’aucun effort n’ait été entrepris pour gagner le milieu à la
cause du mouvement, sans que rien n’ait été entrepris pour transformer
l’université en espace de débat politique et de présentation du conflit,
pensent au fond comme Le Figaro et TF1 : ils partent de l’a priori que
le milieu étudiant, en tant que tel, n’a pas vocation à être politisé,
ne supporte pas d’être détourné de ses études et ne peut être détourné
des régularités universitaires que par empêchement et contrainte. Bref,
ils substituent l’activisme minoritaire à l’action politique, ils ne
font pas de politique.
- Je n’ignore rien des usages abjects qui sont faits actuellement des
majorités silencieuses et laborieuses, de l’appel permanent à la
mobilisation du marais qui « veut travailler ». Mais la dénonciation de
cette démagogie n’autorise pas pour autant tous les raccourcis : lorsque
les cheminots et les traminots se réunissent en assemblée générale dépôt
par dépôt, ce sont des majorités physiques qui se dégagent, et qui
rendent possible la grève. Dans le milieu étudiant, au contraire, se
pratique un substitutisme généralisé, rendu possible par la farce des AG
générales qui sont le pôle d’excellence des factions, des agités et des
vétérans de toutes les guerres universitaires. Pourquoi éviter
soigneusement de tenter de mobiliser le milieu en renonçant d’emblée à
organiser, dans l’espace ouvert de l’université, des AG par UFR, par
exemple ?
- Les solutions de facilité et les expédients politiques du type blocage
(dont la marque immédiatement visible est l’instauration d’une police
d’un type nouveau, vouée à filtrer les entrer, les vocations sont, ici,
promptes à s’éveiller) trouvent leur fondement dans l’absence, pour le
mouvement, de tout référent positif. On est contre la loi LRU, ce qui
est la moindre des choses, et, pour le reste, c’est soit le syndrome de
la tête vide, soit le règne des automatismes et des fantasmagories, des
mots d’ordre impensants du type « démocratisation de l’université » ou «
défense des acquis universitaires ». Il y a quelque chose de pathétique
dans cette combinaison qui se constate aujourd’hui, de l’activisme
incandescent et de mots d’ordre rétrogrades agencés autour de la défense
des actuels modes de recrutement des enseignants du supérieur (les
fameuses « commissions de spécialistes ») ou, plus généralement, de
l’actuelle composition d’un système universitaire obèse et décérébré qui
est, précisément, cela même dont nous, qui sommes les gardiens d’une
certaine /idée/ de l’Université, crevons aujourd’hui. Que leur loi se
maintienne ou pas, Pécresse et les siens ont déjà gagné pour autant
qu’ils ont engendré ce mouvement « noniste » dont tout l’esprit de
résistance se résume à une défense et illustration de cet état des
choses universitaire dont le vrai visage est : un processus
d’autodestruction sans fin.
Voyons les choses en face : il n’existe aucune espèce d’accord entre
ceux qui s’opposent à la loi LRU, quant à l’essentiel : l’Université
qu’ils veulent. Le mouvement en cours aurait pu être l’occasion
d’amorcer le débat à ce propos si le désir de faire de la politique
l’avait emporté sur celui d’exhiber le radicalisme. Des images, des
symboles, substitués à des actions. Il ne suffit pas de virer les
équipes de TF1 ; encore faut-il ne pas caler ses propres procédures sur
celles du pouvoir médiatique.
Alain Brossat
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