[Ici] références "l'art et la vie confondus" A.Kaprow
dupond alex
bamricbe at yahoo.fr
Mar 20 Nov 15:27:45 CET 2007
« Mais après les années 50, il m’a semblé que
l’exemple de Cage était beaucoup plus significatif,
plus riche, que sa portée sur l’art ne le suggérait.
Ressortant de ses travaux, de ses écrits et de son
enseignement à cette époque, il y avait un point de
vue sur le monde très différent de celui auquel nous
étions habitués. Pour les artistes occidentaux, le
mythe de la victime tragique prévalait aux yeux de
tous. (Le travail de Miro était moins apprécié
simplement parce qu’il avait un sens de l’humour !) Le
monde réel était terrible, alors la vocation de
l’artiste était de créer dans la fantaisie un monde
meilleur, ou à défaut un monde plus critique.
Accomplir cette tâche conduisait souvent à traverser
l’enfer, et l’existence des meilleurs artistes que
l’on connaissait n’était guère un modèle pour les
jeunes.
Dans la cosmologie de Cage (formée par la philosophie
asiatique) le monde réel était parfait si seulement
nous pouvions l’entendre, le voir, le comprendre. Si
nous ne le pouvions pas, c’étaient parce que nos sens
étaient fermés et nos esprits remplis d’opinions
préconçues. Ainsi, nous refaisions le monde dans notre
misère.
Mais si le monde était parfait tel qu’il est, ni
terrible ni bon, alors il n’était pas nécessaire
d’exiger qu’il s’améliore (on commence à savoir
comment gérer les difficultés sans faire de telles
demandes). Et si on ne demande plus à l’art de nous
procurer un monde de substitution, il est raisonnable
de ne plus essayer de le rendre parfait et de la
contrôler (d’où les opérations de hasard et les
bruits). Ce qui est arrivé à certains d’entre nous,
c’est que notre art fraîchement libéré a commencé à se
manifester comme s’il suivait sa courbe naturelle. Il
a pu nous venir à l’esprit que bous pouvions vivre
notre vie de la même façon.
La plupart des Occidentaux trouveraient cela difficile
à accepter, tandis que pour ceux qui acceptent cette
sagesse, c’est plus vite dit que fait. Mais c’est en
cela, selon moi, que réside la partie la plus valable
des innovations de John Cage en musique : la musique
expérimentale, ou n’importe quel autre art
expérimental de notre temps, peut-être une bonne
introduction à l’art de bien vivre ; et après cette
introduction, l’art peut être laissé de côté pour le
plat de résistance.»
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