[Ici] (reu) Compte rendu de la réunion du 6/12
Arnaud Timmermans
arnaud.timmermans at gmail.com
Lun 10 Déc 18:11:38 CET 2007
Voici enfin le compte-rendu de la dernière réunion de préparation de la
revue qui a eu lieu jeudi passé (le 6/12). Elle s'était donné pour but
d'énoncer avec un peu plus de clarté quelles étaient les intentions qui
nous animent par rapport à ce projet. C'est-à-dire : que voulons-nous
faire d'/Ici/ ? On trouvera ci-après les souhaits de ceux qui étaient
présents (à savoir Fabien, Bamba et moi-même). L'intérêt de publier ces
avis sur la liste est bien évidemment de susciter la réaction de ceux et
celles qui ont envie de contribuer, d'une manière ou d'une autre (mais,
oserai-je ajouter, un peu plus concrètement que jusqu'à présent), à la
constitution de la revue. Et d'inviter ces personnes à formuler
également leurs désirs et/ou leurs intentions, afin qu'on commence
réellement à mettre les mains dans le cambouis.
Les notes que j'ai prises étant parfois squelettiques, j'espère être
fidèle, dans la réécriture qui va suivre, à ce qui a été dit jeudi.
Qu'on me pardonne si ce n'est pas le cas. Je fais parfois quelques
ajouts entre crochets pour essayer de rendre plus compréhensibles
certaines idées.
*
Fabien*
Il est souhaitable que la dimension "littéraire" ou "créative" des
textes puisse se faire l'écho de réflexions d'ordre politique ou, plus
généralement, pratiques. Ce qui veut dire, concrètement, faire droit à
des articles de fond sur des questions d'actualité ciblées (par exemple
: le sarkozysme, la crise politique belge, Tiqqun, parmi d'innombrables
autres).
Un peu dans le même ordre d'idées, d'autres articles plus directement
critiques (sur l'art, le cinéma, la littérature, etc.) ont tout autant
leur place. Une des lignes intéressantes à suivre dans ces cas précis
serait celle du rapport entre image et langage dans la rhétorique
contemporaine, ainsi que la question de leur réinvention permanente à
l'oeuvre dans l'art, dans la politique, dans la pub, etc.
L'ambition de tous ces textes renvoient à l'expression de Benjamin : se
faire le "chroniqueur perpétuel" de l'histoire présente. Position certes
ambigüe mais qui, dans sa tentative de "formaliser" le monde qui se
développe, se veut répondre à l'appel aux "hypothèses déraisonnables"
qu'avait lancé Rancière à la fin de sa conférence au Bozar. Position qui
en outre, et justement en assumant son ambigüité, s'extrait des clivages
"communautariens" ou "partisans", et se place, pourquoi pas, sur le plan
d'un cosmopolitisme rénové [là c'est moi qui interprète un peu].
*Bamba*
Bamba a commencé par souligner l'importance que revêtait à ses yeux
l'/objet/-revue. Je le cite approximativement : "objet situé dans le
temps et dans l'espace qui par sa lucidité parvient à être comme une
entité plastique qui cristallise ou reflète le réel, pris d'un point
particulier [j'ajoute : d'où le titre /Ici/]". Et je me permets de
risquer une traduction (notre cher Bamba étant légèrement enfumé ce
jour-là) : c'est en assumant la particularité ou la singularité de notre
approche, singularité qui s'exprime au moins autant dans la forme
sensible (plastique) de l'objet-revue que dans son contenu, que nous
pouvons prétendre à une certaine lucidité par rapport au réel. Le
matériau de base consistera en ce qu'on pourra trouver comme réponse à
la question : qu'est-ce qui nous arrive? Cette réponse devra rompre avec
une position qui coderait le réel pour essayer au contraire de recréer
un /habitat /[je vous laisse goûter le mystère tout poétique de cette
formule].
Plus concrètement, une attention toute particulière devra être portée au
travail sur les interconnexions (au sein des textes et avec le dehors).
Ce qui se traduit d'au moins deux façons :
- ajuster ou intégrer le contenu des textes à une forme (typo)graphique
qui les sorte de la fluidité linéaire de la lecture,
- adopter au sein même de la revue une position d'auto-commentaire ou
d'auto-critique.
Au niveau plus spécifique des contenus, Bamba propose de fournir des
extraits (éventuellement adaptés) du mémoire qu'il prépare en philo sur
les relations entre l'art et la vie. L'idée qui guide ce mémoire est que
l'art est avant tout un rapport au monde, qui n'a pas forcément besoin
de se concrétiser dans une "oeuvre", mais dont le principe est plutôt à
chercher dans ce qu'on pourrait appeler une "pratique artistique" [ici
aussi j'extrapole un peu].
Il suggère aussi de faire, je le cite, une sorte d'"état des lieux des
auteurs importants pour nous" : par exemple, "comment les /Notes sur le
cinématographe/ de Bresson peuvent être rapportées à autre chose que le
cinéma ? Comment ce livre propose-t-il un chemin pour redevenir des
"premiers hommes"? "
*Arnaud
*
J'ai proposé de mettre avant tout l'accent sur la singularité de la
revue : trouver un ton, une organisation des contenus, une mise en forme
qui nous soit vraiment propre. /Ici/ telle que je la conçois ne devrait
pas se proposer d'être une énième variation sur le modèle des revues du
style "Multitudes", "Esprit", etc. (qui, malgré leurs grandes
différences ont à peu près en commun de proposer un /point de vue/ sur
ce qui se passe). Ni une revue savante, engoncée dans sa neutralité
axiologique. A la place, ce que je vois est plutôt une forme
intermédiaire ou hybride, entre rigueur de pensée et parole poétique.
Quelque chose qui se rapprocherait plus de l'essai littéraire que de
l'article académique ou critique. Quelque chose qui partirait d'une
expérience vécue, mais qui n'en serait pas le retraçage subjectif.
Plutôt, comme l'a dit autrement Bamba : qu'est-ce qui /nous /arrive, et
comment cela nous pousse-t-il à penser, c'est-à-dire à s'exposer à un
au-delà de notre subjectivité individuelle (ou collective)?
Par exemple, plutôt que d'approcher l'écriture de Michaux par un essai
descriptif et théorique sur les thèmes et le style de son oeuvre,
essayer d'interroger ce qui, dans la lecture de Michaux, a provoqué un
"bougé" en moi, non pas pour rendre compte (ce qui est, au fond,
impossible) de cette expérience en tant que telle, mais pour essayer
d'entamer une sorte de dialogue avec Michaux. Dialogue tendu entre, à
l'une des extrémités, la fidélité à cette expérience (d'autres
pourraient dire : à l'évènement-Michaux), et, à l'autre bout, une écoute
de ce qui a surgi à travers ce "bougé" mais n'était pas littéralement
contenu dans le texte. Autrement dit : comment Michaux me fait-il
penser? et comment ce penser s'accorde-t-il avec un vivre?
Parmi les exemples qui illustrent plus ou moins ce projet très flou :
- sur une page, deux ou trois images, et entre elles, un texte de
quelques lignes, qui essaierait d'interagir avec les images
- des poèmes
- des textes en prose plus classique, sur le mode : "ce qui se joue dans
tel film/livre/tableau/...", où une dimension politique n'est pas
exclue, mais plutôt en filigrane.
****
Après cette séance d'improvisation, nous avons abordé des points plus
pragmatiques :
- nous avons estimé qu'un format de type A5, avec environ 50 pages était
pas mal
- que commencer par une diffusion entre 100 et 200 exemplaires était
déjà plus qu'ambitieuse pour un début
- que l'échéance pour les texte du premier numéro devrait se situer aux
alentours de fin février si nous voulons sortir un numéro avant juin, la
partie "élaboration plastique" promettant de prendre du temps
- qu'une réunion serait prévue toutes les trois semaines entre
rédacteurs actifs, où chacun amènerait son travail dans l'état où il se
trouve (les dates seront fixées sur la liste)
- que les rédacteurs, au moins eux, devaient s'efforcer de répondre, par
des commentaires sur la liste, aux contributions envoyées sur cette même
liste par les autres, de sorte qu'un mouvement commence à s'y installer
(et que ceux qui envoient des contributions ne se retrouvent pas face à
une mer d'indifférence).
Voilà, j'espère que tout ceci aura été lisible, malgré tout.
Arnaud
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